samedi 27 novembre 2010

Abracad'Argent : les ennemis du budget / Les catastrophes imprévues

[15-01-2010] Les ennemis du Budget : 5. Les catastrophes imprévues (article rapatrié depuis Overblog).

Dans les articles précédents, j'ai passé en revue les principaux ennemis d'un budget. Le crédit permanent, le découvert bancaire, les addictions et la publicité. Je termine la série par l'ennemi le plus difficile à prévoir et à combattre : les catastrophes imprévues.

J'ai déjà parlé de la catégorie de dépenses qui s'appelle : « c'est vraiment trop injuste ». C'est cette catégorie de dépenses que l'on paie avec les sous qui rentrent en plus du salaire fixe.

Contrairement aux autres catégories, les dépenses « c'est vraiment trop injuste » ne sont par nature PAS PRÉVISIBLES. En conséquence, il est absolument IMPOSSIBLE de savoir à l'avance combien on va dépenser ni quand.

C'est pourquoi la catastrophe imprévue est si dangereuse : on ne sait jamais à quoi elle va ressembler et on ne peut donc pas vraiment être sûr que le budget tiendra le choc.

Grosso modo, voici les différents types de catastrophes imprévues. Voyons ça d'un peu plus près.

1. Les trois « D »

La formule des trois « D » est bien connue des notaires et des agents immobiliers. C'est grâce à elle qu'ils font leur beurre. Les trois « D », ça veut dire quoi ?

C'est simple : DivorceDécèsDéménagement. Ce sont les trois situations type à cause desquelles une maison change de propriétaire. Pourquoi ? Tout simplement parce qu'il est devenu impossible de garder la maison, généralement parce qu'on n'a pas les sous nécessaires. Cela donne une idée du cataclysme financier qui est à l'oeuvre. Si on en est réduit à devoir récupérer autant d'argent (une maison coûte en moyenne 288.000 € à Bruxelles à la fin 2009), c'est que ça va VRAIMENT très mal.

Malheureusement, personne n'est à l'abri des trois D. Par exemple, le nombre de divorces a augmenté de presque 60 % depuis 1990 (source : Statbel) Pour les décès, c'est encore plus radical : chacun sait que ça va arriver tôt ou tard. Quant au déménagement, ce n'est pas toujours une catastrophe, c'est vrai. Mais ça coûte toujours cher. Et ça arrive souvent à beaucoup de monde. Que les incroyables veinards qui ont passé TOUTE leur vie au même endroit - de leur naissance à leur pension - lèvent le doigt...

Il faut donc se préparer de son mieux à ces trois tempêtes. Se préparer, ça veut dire continuer d'avancer dans la vie tout en prenant les mesures de prudence qui s'imposent. J'explique avec un exemple à propos du divorce :

Les pessimistes diront : « ben c'est facile : pour ne pas être obligé de divorcer, il faut commencer par ne surtout pas se marier ».  C'est un raisonnement très bête. D'abord parce que ça n'empêche pas une séparation entre conjoints en union libre. Et ensuite parce qu'en suivant ce raisonnement on risque fort de passer à côté d'une très belle histoire d'amour...

En fait, il n'est pas possible de calculer avec précision combien ces tempêtes inévitables peuvent coûter. Tout ce qu'on peut faire, c'est

- Bien étudier le trajet et la carte avant de prendre la mer (= connaître À FOND les lois et les règlements).
- Vérifier que le bateau et l'équipage sont parés à naviguer (= avoir de bonnes catégories réalistes dans son budget).
- Avoir assez de canots de sauvetage à bord en cas d'avarie (= économiser assez de sous pour ne pas couler brutalement en cas de problème).
- Et vérifier soigneusement qu'on n'a pas un truc bizarre caché dans la soute, genre une bombe qui fait tic-tac-tic-tac (= un découvert bancaire) ou un monstre assoiffé de sang/sous (= un crédit permanent).

Si on ne fait pas ça, ce ne sera pas très différent du Titanic quand on heurtera l'iceberg en forme de D...

2. Le chômage

On a vu dans l'article sur les catégories de recettes que le « revenu professionnel fixe » paie à lui tout seul les « dépenses fixes ». Dans le budget d'une majorité de gens, ces deux catégories représentent 80 à 90 % du total.

C'est bien sûr très différent pour les rentiers et les milliardaires (mais Abracad'Argent n'est pas fait pour eux).

Quand on se retrouve au chômage, on n'a plus de « revenu professionnel fixe ». Ce qu'on touche, c'est une « indemnité de chômage ». En 2009, en Belgique, le plafond MAXIMUM de cette indemnité (valeur nette) est de 1.323 € par mois pendant les 6 premiers mois. Puis, cette indemnité maximum descend à 1.234 € par mois pendant les 6 mois suivants. Et ça descend encore si on n'a toujours pas retrouvé de travail après ces 2 x 6 mois (un an, donc). Comme c'est un maximum calculé sur les revenus bruts du dernier salaire, ça peut bien entendu être encore moins que les chiffres indiqués. (Source : CSC).

On imagine facilement ce qui se passe quand le « revenu professionnel fixe » perd brusquement de 40 à 80  % de sa valeur. Vous l'avez deviné : « Bardaff ! C'est l'embardée ! ». Pourquoi ?

Parce que les catégories de dépenses, c'est un peu comme un train lancé à toute vitesse sur des rails. On ne les arrête pas comme on veut. Et pour ce qui est de les faire tourner ou de leur faire faire marche arrière en 2/10èmes de seconde, mieux vaut ne pas essayer. Parce que ça déraille à coup sûr.

En cas de chômage, la catégorie de recettes « revenu professionnel fixe » tombe brutalement en panne. Mais les catégories de dépenses, elles, continuent de foncer vers le tunnel en faisant tûûûût tûûûût comme des folles. Si on n'a pas un solide frein de secours (constitué par au moins 6 mois de « revenu professionnel fixe »), c'est la catastrophe assurée.

C'est là qu'on comprend mieux ce que la catégorie de dépenses « c'est vraiment trop injuste » veut vraiment dire...

3. Les accidents et les maladies

Pour un budget, il y a bien pire que le chômage. « Bien pire ? C'est une mauvaise blague ?! » , que vous allez couiner. Ben non, c'est la (très) triste réalité. On peut non seulement se retrouver - sans frein - sur un train lancé à toute vitesse, mais on peut aussi se rendre compte qu'il y a des terroristes à bord qui font tout pour accélérer le déraillement.

C'est exactement ce qui se passe quand on a un gros accident ou qu'on tombe gravement malade. Non seulement la catégorie de recettes « revenu professionnel fixe » tombe en panne; mais EN PLUS les catégories de dépenses se mettent à grossir à toute allure. Il faut payer l'hôpital, les médecins, les soins, les médicaments, les déplacements en ambulance, etc. Si on n'a pas des assurances en béton armé, on peut vite se retrouver avec des milliers d'euros de factures sur les bras. Quand il ne s'agit pas de dizaines de milliers d'euros. Et comme on est à la Mutuelle (l'indemnité est encore moindre qu'au chômage, dans la plupart des cas), je vous raconte pas le CAUCHEMAR !

On peut limiter les dégâts avec une assurance. Mais pour que ce soit vraiment efficace, il faut qu'on ait prévu l'assurance AVANT la maladie ou l'accident. Et qu'on ait trouvé les sous pour la payer. Vu le prix des assurances en Belgique, ce sont toujours les plus gros revenus qui sont les mieux protégés.

Si on a vraiment un tout petit revenu (par exemple, si on émarge au CPAS), on est en principe entièrement pris en charge. Je dis bien « en principe » parce que dans les faits il y a quand même une longue série d'exceptions sur la liste des soins remboursés. On est quand même fortement pénalisé, en réalité.

Par contre, les revenus moyens doivent malheureusement s'attendre à couler à pic. Comme ce sont des revenus moyens, il n'y a pas les sous pour payer des assurances en béton armé (c'est trop cher). Il n'y a pas non plus d'aide (le revenu moyen est trop gros pour qu'on l'aide). Résultat ? Ben oui, ça recommence : « Bardaff ! C'est l'embardée ! ».

Moralité cynique : avoir un revenu moyen de nos jours, ce n'est vraiment pas un bon plan. Mieux vaut se situer dans les extrêmes (et de préférence du côté des gros salaires).

Mais trêve de sarcasme. Comment se préparer à toutes ces catastrophes ?

D'abord, en profitant de la vie ici et maintenant. Il est inutile de commencer à se ronger les sangs à l'idée que le pire pourrait arriver.

Si le pire arrive, on aura prévu le coup et on fera de son mieux. Et s'il n'arrive pas, on aura de bonnes habitudes et une solide base budgétaire pour se préparer des lendemains qui chantent.

En conclusion ?

La catégorie de dépenses « c'est vraiment trop injuste » doit permettre d'économiser de 6 à 12 mois de « revenu professionnel fixe ». Un exemple réaliste :

Mettons qu'on gagne 1.500 € nets par mois. En 6 mois, ça fait 12 x 1.500 € = 9.000 €.

Si on met 10 % de côté tous les mois (= 150 €), il faudra 5 ans pour arriver à économiser 9.000 € (sans compter les clopinettes qu'on gagnera en intérêts pour son épargne).

Cinq ans, c'est en moyenne le temps qu'il faut pour mettre de côté de quoi faire face aux catastrophes imprévues.

« Et au bout des 5 ans ? On fait quoi ? » , que vous allez demander – en espérant que je réponde qu'on va tout claquer pour des vacances à Cuba.
Ben, rien. On laisse sagement son frein de secours de 9.000 € faire des petits sur son compte d'épargne. Et on continue sagement à économiser 150 € par mois.

Je précise qu'on est libre de faire ce qu'on veut avec ce qui dépasse des 9.000 €. Par exemple, remplir une case « dépense planifiée » pour ces fameuses vacances à Cuba qu'on attend depuis des plombes. Ou une case dépense d'épargne parce qu'on se verrait bien acheter un appartement dans quelques années et qu'on sait qu'il faudra BEAUCOUP de sous pour les frais. On est libre, en fait.

C'est cool, non ?

Et puisque je termine sur une note positive, je crois qu'il est temps de passer à des choses plus optimistes. On va maintenant envisager le premier des 5 bons plans dans un budget : la gestion du calendrier.

Wonder Lisette

Abracad'Argent : les ennemis du budget / La publicité

[14-01-2010] Les ennemis du Budget : 4. La publicité (article rapatrié depuis Overblog).

On pourrait se demander pourquoi je classe la publicité dans les ennemis du budget.

En fait, la pub c'est comme les explosifs. Ça peut aussi bien servir à faire la guerre qu'à fabriquer des feux d'artifice.

De nos jours, la pub est partout. Inutile d'essayer d'y échapper. C'est impossible. Ce ne serait pas grave s'il s'agissait juste d'images et de sons. Seulement voilà, la pub n'est pas là par hasard.

Au départ, le but de la pub était très simple : offrir un produit au public. C'était la bonne vieille réclame de nos (arrières)-grands-mères pour le Savon Peau Douce. À l'époque la pub faisait de jolies images et les clients des magasins se laissaient séduire.

Mais désormais, la pub c'est du lavage de cerveau pur et simple. Plus question de vanter les mérites d'un produit en le décrivant sous de belles couleurs. Ce que la pub fait actuellement est vraiment tordu :

- > 1. La pub crée un besoin qui n'existait pas au départ.
- > 2. La pub transforme ce besoin en manque.
- > 3. La pub promet de satisfaire ce manque si on achète un produit.

Un peu comme si le docteur commençait par inventer la grippe. Puis qu'il vous refilait la grippe. Pour ensuite vous proposer de vous soigner. Sauf que dans le cas du docteur, il se sentirait un peu obligé de vous remettre sur pied.

La pub, par contre, ne tient bien entendu jamais sa promesse. D'abord parce que si la pub tenait parole, ça ne permettrait pas de vous refaire le même coup cinq secondes après. Ensuite, parce que la pub est bien incapable de tenir sa promesse. Pourquoi ? Tout simplement parce que le besoin créé par la pub n'existe pas ! Sa promesse, c'est juste une espèce de transe vaudou qu'elle utilise pour hypnotiser le client. Exactement comme un boa constrictor.

La pub dit : « mal dans ta peau, dans ta vie, dans tes baskets ? C'est parce que tu n'as pas le produit Bidule. Achète le produit Bidule. Achète-le MAINTENANT, le produit Bidule. Le produit Bidule est bon pour toi. Si tu as le produit Bidule, tout ira bien. C'est le produit Bidule qu'il te faut. N'oublie pas... LE PRODUIT BIDULE ! »

Ça peut faire rire.

Pourtant quand on voit le prix de tous ces produits Bidules, c'est de suite beaucoup moins drôle. Parce que la pub, ça marche redoutablement bien. À qualité et à quantité égales, la pub arrive à faire croire que le produit Bidule est le meilleur. Pourtant, si on regarde attentivement ce qu'il y a derrière le produit Bidule, on est parfois très étonné. Il n'est pas rare que le produit Bidule soit mis en paquets sous des noms très différents. Pour être ensuite vendu à des prix très différents. Pourtant, le produit Bidule est rigoureusement le même dans tous les paquets.

Ce qu'il faut également savoir, c'est que la pub coûte très très très cher. D'abord à fabriquer. Et puis ensuite, à diffuser. Il est donc normal qu'une partie du prix du fameux produit Bidule serve à payer la pub.

Jusque-là, c'est assez classique. Mais quel rapport avec le budget ? Je rappelle qu'un budget doit permettre de limiter les dépenses par rapport aux recettes.

Le but du budget est donc exactement l'inverse de celui de la pub. Pendant qu'on essaie de faire des économies en surveillant ses recettes et ses dépenses, la pub essaie de nous faire payer plus cher pour la même chose et/ou de nous faire acheter plus de produits Bidule. Pour qu'au final on perde nos sous en ayant toujours plus de produits Bidule, qui seront toujours de plus en plus chers. Vu sous cet angle, la pub est vraiment l'ennemie d'un bon budget.

Pourtant, la pub peut AUSSI être une bonne chose. À condition bien sûr de bien se servir de la pub (au lieu d'être utilisé par elle).

La pub, mode d'emploi :

Correctement utilisée, la pub peut devenir l'amie d'un budget. Ce n'est pas ce que fait la pub qui est important, c'est ce que le client en fait.

Voici cinq règles très simples pour transformer la pub ennemie en pub amie.

1. La pub permet de trouver de l'info pour le budget

Savoir qu'un tout nouveau produit Bidule vient de débarquer (ou va bientôt arriver), c'est parfois une très bonne chose. Exemple : si on sait qu'il y aura bientôt une voiture hybride au prix d'un modèle Diesel, ça vaut la peine de ne pas acheter un Diesel tout de suite et d'attendre le modèle hybride à la place. Surtout quand on calcule ce qu'on va économiser (taxes en moins, primes en plus et consommation d'essence en chute libre).

2. La pub permet de faire des choix dans le budget

Grâce à la pub on peut connaître ce qui existe. Mais on peut aussi COMPARER ce qui existe. Quand c'est comparable. On dit souvent qu'il ne faut pas comparer les pommes avec les poires. Ça peut paraître idiot comme dicton, mais dans le cas de la pub c'est extrêmement important.

Souvent la pub cherche à prouver que le produit Machin est beaucoup moins bien et beaucoup plus cher que le produit Bidule. Mais ce n'est pas toujours vrai. Et en plus, il se peut que le produit Machin soit plus cher parce qu'il est JUSTEMENT meilleur que le produit Bidule.

Exemple : la banque Bidule propose au client de calculer combien il paie de frais de compte « en trop » chez les concurrents. Jusque là, pas de problème. Mais si la banque Bidule compare son compte Internet gratuit avec les comptes ouverts en agence chez les concurrents, c'est comme de comparer des pommes et des poires.

Un compte sur Internet, ce n'est pas du tout la même chose qu'un compte ouvert dans une agence où on peut faire toute une série d'opérations comme déposer de l'argent liquide, donner des virements papier au guichet, etc. Bien sûr, on pourrait en principe faire tout cela avec un compte Internet de la banque Bidule. Mais alors il y aurait tant de frais supplémentaires que finalement ça reviendrait strictement au même prix que chez les concurrents !

3. La pub permet de dénicher des solutions pour le budget

Tous les nouveaux produits Bidule qui sortent ne sont pas forcément des gadgets inutiles. C'est vrai que dans l'électro-ménager, par exemple, on trouve chaque année des choses un peu sottes. Du genre : la machine à faire des crêpes, qui coûte une fortune à l'achat, à l'utilisation et prend une place énorme dans les armoires alors qu'on ne s'en sert jamais (parce qu'on ne peut pas la démonter pour la mettre dans le lave-vaisselle). On retourne donc rapidement à sa bonne vieille poêle à crêpe et on essaie de refiler la machine à sa grand-tante. Tout le monde s'est fait avoir au moins une fois.

Mais si on loue un appartement dans une ville où l'eau du robinet est composée d'un mélange moitié chlore moitié calcaire, le nouveau produit Bidule qui filtre l'eau peut être intéressant. D'abord parce que ça évite de devoir installer un appareil très cher à l'entrée de la conduite d'eau principale (et que le propriétaire refuse de payer, bien entendu). Ensuite parce que ça permet d'économiser plein de sous en produits de détartrage hors de prix et très mordants. Ce qui fait qu'on use beaucoup moins les appareils qui chauffent de l'eau.

Au final, c'est une bonne chose de tomber sur la pub pour ce nouveau produit Bidule : c'est PRÉCISÉMENT la solution qu'on cherchait et qui n'existait pas encore.

4. La pub permet (parfois) de glisser de bonnes affaires dans le budget (si on sait se contrôler)

Cette règle-ci est très très importante. Une bonne affaire, c'est un achat qui est BON À FAIRE à un moment bien précis. C'est-à-dire un achat NÉCESSAIRE.

Un petit exemple :

Se précipiter sur quarante kilos de morue salée sous prétexte qu'elle est à moitié prix n'a évidemment aucun sens. Surtout si on déteste le poisson...

Mais si on a vraiment besoin d'un nouveau manteau pour remplacer son anorak qui est tout déchiré, la promotion « semaine spéciale à moins 10 % pour tout nouveau client qui dépense au moins 30 € » peut être une bonne aubaine. Tout est une question de bon sens et de discipline. Avec un budget sous les yeux, il est très facile de faire la différence entre l'affaire de l'année et la bêtise du siècle. À ce propos, on verra dans les articles de la catégorie Faire ses courses comment tenir les stocks à jour pour éviter de grosses erreurs dans les achats.

5. La pub permet d'avoir des alternatives dans un budget
C'est surtout le cas de la pub pour des produits qu'on n'achète jamais. On peut par exemple être fidèle depuis longtemps au produit Bidule par simple habitude. En s'imaginant que le produit Bidule est vraiment celui qu'il nous faut. Mais sans avoir jamais rien testé d'autre, même si ça n'a pas l'air mauvais et que c'est moins cher. On s'accroche. Le produit Bidule, c'est un terrain familier. On n'échangerait pas un tonnelet de notre produit Bidule habituel contre deux tonnelets du produit Machin qu'on ne connait pas. Ça vous rappelle sans doute quelque chose...

Cependant, être curieux et ne pas avoir d'idée préconçue, c'est parfois une excellente façon de bien gérer son budget. Qui n'essaie rien n'a rien. Pour les produits pas trop chers, on ne risque pas grand-chose d'aller voir ailleurs si ce n'est pas meilleur marché ou plus dans nos goûts. Si l'essai ne satisfait pas, on peut toujours revenir au produit Bidule. Mais si au final le produit Machin qu'on a testé est aussi bon et moins cher, c'est tout bénéfice pour le budget.

Alors la pub, bonne ou mauvaise ? Si on suit les 5 règles, on peut s'en tirer pas trop mal avec la pub. Je les rappelle :

1. La pub permet de trouver de l'info pour le budget.
2. La pub permet de faire des choix dans le budget.
3. La pub permet de dénicher des solutions pour le budget.
4. La pub permet (parfois) de glisser de bonnes affaires dans le budget (si on sait se contrôler).
5. La pub permet d'avoir des alternatives dans un budget.

On va terminer la série par voir l'ennemi du budget n° 5 : les catastrophes imprévues.

Wonder Lisette

Abracad'Argent : les ennemis du budget / Les addictions

[13-01-2010] Les ennemis du Budget : 2. Les addictions (article rapatrié depuis Overblog).

Il se pourrait bien que le mot « addiction » ne soit pas connu par tout le monde.  Pour commencer, une « addiction » ce n'est ni un parfum sexy ni une formule mathématique. Une petite définition, pour comprendre ce qu'addiction veut dire, ça pourrait donc être utile. La voici.

Addiction : terme médical venant de l'anglais qui désigne le fait qu'une personne soit physiquement et psychologiquement dépendante de quelque chose (par exemple une substance ou une activité).

Un exemple courant : l'addiction au tabac, ou tabagisme. On peut aussi souffrir d'addiction au jeu, au travail ou à la télévision, entre autres choses.

« Heu... Quel rapport avec le budget ? » , que vous allez demander. Et bien c'est fort simple : c'est un rapport à deux niveaux.

Premièrement, quand on est physiquement et psychologiquement dépendant de quelque chose, un budget c'est vraiment le dernier truc auquel on pense.

Deuxièmement, quand on ne peut plus du tout se passer de quelque chose, on ferait n'importe quoi pour en avoir. À commencer bien entendu par dépenser tous ses sous, puis ceux de la banque, puis ceux des enfants, des parents, des cousins, des amis et même parfois des collègues de travail.

« Ouf ! Je n'en suis pas là ! » que vous allez vous dire. En fait, mauvaise nouvelle, rien n'est moins sûr. Car quand on est accro à quelque chose, on n'est jamais prêt à l'admettre. On se trouve des tas de bonnes raisons pour justifier ce qu'on fait - sans jamais accepter de reconnaître que ce qu'on fait, précisément, c'est parce qu'on est accro.

L'exemple classique du fumeur qui claironne : « j'arrête demain quand je veux » peut prêter à sourire. Mais en fait, le fumeur en question est bien à plaindre pour différentes raisons. D'abord parce qu'il n'arrête évidemment pas demain, et encore moins quand il veut.

Ensuite, parce que s'il décide de traverser l'épreuve du sevrage, ça risque de lui coûter une fortune en médecin, en produits et en médicaments.

Et pour terminer, parce que dans son cas il ne faut pas dire « j'arrête quand je veux » mais plutôt « j'arrête si je peux ». Et la différence est phénoménale. Au passage, un fumeur qui fume un paquet de cigarettes par jour (une vingtaine de cigarettes) brûle plus de 1.600 € par an. Ça peut faire réfléchir.

En principe, tout ce qui n'est pas vital (comme par exemple respirer de l'air non pollué ou boire de l'eau potable) n'est pas indispensable. Bien entendu, la vie serait triste à mourir s'il fallait se contenter du minimum vital - surtout quand on a la chance d'habiter dans un pays où ce minimum vital semble aller de soi.

La grosse différence qui existe entre « se faire un petit plaisir de temps en temps » et « s'envoyer sa dose quotidienne de quelque chose », c'est au niveau du budget qu'elle se marque le mieux.

Dans le cas du petit plaisir épisodique, le budget ne change pas vraiment. Les chiffres restent les mêmes dans la catégorie où on range son petit plaisir. Les sous qu'on consacre à ce petit plaisir  n'ont pas énormément d'importance par rapport à l'ensemble. Ce qui veut dire que proportionnellement, ils sont noyés dans la masse du reste des dépenses.

Dans le cas de la dose quotidienne indispensable, le budget accuse au bout de quelques mois une tendance très nette : la catégorie de dépenses concernée s'alourdit. Le prix des doses quotidiennes indispensables ne cesse en effet jamais d'augmenter. L'exemple classique du tabagisme est parlant : le prix des cigarettes a flambé ces dernières années. Il ne faut pas être un grand gourou de la finance pour le savoir.

La conséquence de tout ça ? C'est extrêmement simple : supprimer un petit plaisir qu'on se fait de temps en temps ne changera rien au budget. C'est donc totalement inutile. Par contre, transformer progressivement une addiction en petit plaisir épisodique peut faire baisser une catégorie de dépenses de manière spectaculaire et très rapide ! On garde ainsi son mode de vie, tout en devenant raisonnable. Je ne suis pas en train de dire qu'il faut continuer de fumer, je précise. Fumer tue. Je n'ai qu'un seul souhait : que tous les fumeurs puissent arrêter de fumer sur le champ.

Ceci dit, il n'y a pas que des addictions quotidiennes et/ou dangereuses pour la santé. Exemple classique d'addiction non-quotidienne : l'accro au shopping. Faire les boutiques n'a pas d'effets nocifs connus. Sauf peut-être le mal de pieds chronique. Mais pour le budget, par contre, c'est beaucoup plus sérieux. Surtout quand, justement, on ne tient aucun budget - ce qui est le cas d'un certain nombre d'acheteurs/teuses en série.

Prenons un exemple. Une jeune femme de 22 ans, fan de mode et de chaussures, passe chaque samedi après-midi à lécher les vitrines. Ou plutôt, à courir les boutiques. Sur les conseils de sa mère, qui est un peu rabat-joie, la jeune femme essaie de s'en tenir à un montant d'achats maximum par samedi. Mettons que ce maximum soit de 100 € (ce qui est vraiment une toute petite somme, quand on voit le prix des vêtements). Son père, qui n'est pas plus marrant que sa mère, lui a aussi souvent répété qu'il ne fallait pas se mettre en négatif à la banque. La jeune femme regarde donc le solde de son compte bancaire juste avant de partir dans ses virées de shopping. Et en général, elle ne fait un peu attention que si le solde est déjà trop dans le rouge.

Dans les faits, sans budget, qu'est-ce qui risque de se passer ? Très simplement, trois choses :

1. La jeune femme ne sait plus combien elle a dépensé depuis le début du mois. Elle ne résistera sans doute pas aux offres qu'elle va trouver, car elle sous-estime largement le montant qu'elle a déjà consacré aux achats précédents.

2. La jeune femme n'a pas la moindre idée des dépenses à venir d'ici la fin du mois. Elle ne pourra donc pas prévoir les conséquences budgétaires des sous qu'elle va claquer. Par exemple : elle ne sait pas précisément quand l'assurance omnium de sa voiture arrive à échéance. Il se peut très bien que ce soit le lendemain. Et non dans un mois comme elle se l'imagine, faute d'un budget précis.

3. La jeune femme vérifie son dernier extrait de compte bancaire un samedi. Elle n'a donc aucune idée des opérations récentes, qui ne seront comptabilisées que le lundi. Le montant sur lequel elle se base n'est donc sans doute pas exact. Elle pourrait croire qu'elle est en positif, alors qu'en fait elle est déjà dans le rouge.

Au final, la jeune femme dépensera 235 € ce samedi-là. En plus des 614 € des week-ends précédents. Total : - 849 €. Si la domiciliation de l'assurance omnium de la voiture est exécutée le lundi, le compte de la jeune femme risque fort de se retrouver bloqué. À moins bien sûr que la jeune femme n'ait payé avec une carte de crédit, liée à un « revolving credit ». Ce qui serait évidemment encore plus grave (voir l'ennemi n° 1 du budget).

Moralité : tenir un budget implique que l'on soit parfaitement maître de soi. Si c'est une addiction qui mène la danse, on a de fortes chances de se retrouver très rapidement dans un tourbillon de dépenses qu'on ne contrôle plus vraiment.

Suite à cette petite aventure au pays du shopping, il est temps d'envisager l'ennemi du budget n° 4 : la publicité.

Wonder Lisette

Abracad'Argent : les ennemis du budget / Le découvert bancaire

[10-01-2010] Les ennemis du Budget : 2. Le découvert bancaire (article rapatrié depuis Overblog).
Comme je l'ai déjà répété, les dettes sont incompatibles avec la gestion d'un bon budget. Dans l'article sur le « crédit permanent » ou « revolving credit », j'ai expliqué les dégâts que peuvent causer des dettes qui ne finissent jamais.

Mais ce serait trop beau, s'il n'y avait qu'une seule sorte de dette. La peste, c'est une chose. Le choléra, c'en est une autre. Nous allons donc maintenant parler du choléra : c'est-à-dire le « découvert bancaire ».

Le découvert bancaire, qu'est-ce que c'est ? En fait, c'est tout simplement « être en négatif » à la banque. En gros, c'est quand on dépense plus d'argent qu'on n'en a sur son compte bancaire. La banque « accepte » que le compte soit en négatif, en échange d'un dédommagement en intérêts.

Théoriquement, le découvert bancaire est là pour permettre de faire la jonction entre une fin de mois un peu serrée et le début du mois suivant, quand de l'argent frais arrive sur le compte.

Le découvert bancaire est copié sur ce qu'on appelle les « facilités de caisse » accordées aux commerçants et aux entreprises. Parfois, les clients d'une entreprise se font un peu tirer l'oreille pour payer leurs factures. Mais pendant qu'ils traînent, l'entreprise doit continuer de produire ou de vendre. Il faut donc des sous. La banque prête les sous en attendant que l'entreprise récupère l'argent qui lui est dû. C'est pratique et un peu dangereux à la fois : si le client est incapable de payer, l'entreprise est dans de beaux draps...

Pour ce qui est de Monsieur Tout le Monde, le découvert bancaire ne devrait normalement pas être nécessaire. Car si le budget est bien ficelé, il doit rester de l'argent à la fin du mois. Seulement voilà,  sans budget on peut se retrouver dans le rouge très facilement. Et c'est là que les emmerdements commencent.

« Ben pourquoi c'est si grave ? À la fin du mois on sera payé. Et puis ça remonte, non ? »  que vous allez dire. Si on ne tient pas de budget, ce système ne gène en rien. On se contente de creuser un  petit peu plus profond chaque mois. Jusqu'à ce qu'on arrive au montant maximum de dette autorisé par la banque.

En fait, la banque s'en fout un peu qu'on fasse le yoyo d'un mois à l'autre. Tant qu'on a de l'argent sur le compte, c'est très bien. Quand on n'a plus un rond et qu'on descend dans le rouge, ça permet à la banque de calculer des intérêts. C'est très bien aussi. Pour la banque, bien entendu.

Parce que pour Monsieur Tout le Monde, il faut remonter en positif à un moment ou à un autre. Si le compte reste dans le rouge trois mois d'affilée sans jamais remonter, ça ne traîne pas. La banque  bloque le compte. Et en plus Monsieur Tout le Monde  risque de se faire ficher à la Centrale des Crédits pour « défaut de paiement ».

Ça, c'est pour ce qui se passe du côté de la banque. C'est pas marrant, mais au fond c'est pas trop compliqué à comprendre. Pas mal de gens connaissent très bien le système et l'utilisent à longueur d'année.

Mais côté budget, bonjour les migraines. Pourquoi ? Parce qu'avec un découvert bancaire, la catégorie « dépenses » ne sera jamais juste. Le découvert bancaire c'est une dette, je le rappelle. Il faudrait considérer qu'on doit payer cette dette sur le champ, dès que l'argent rentre. Ce qui veut dire en clair qu'on doit faire une soustraction chaque premier du mois. Exemple :

Au 30 janvier, le découvert est de - 1.150 €. Au 31 janvier, le salaire de + 1.800 € est versé sur le compte. Je rappelle que c'est le salaire de janvier qui arrive fin du mois de janvier. Ce qui veut dire que dans le budget, la catégorie « recettes professionnelles fixes » n'est pas de + 1.800 € en janvier. Elle est de + 1.800 € - 1.150 € = + 750 € ! Il y a deux conséquences :

1. Comme on a calculé au début du mois ce qu'on pouvait dépenser sur base de 1.800 € (voir la répartition dans l'article Les 5 règles d'or du budget), on n'avait donc en fait pas assez pour la catégorie « dépenses fixes » !!!
2. Comme on n'avait pas assez, on va de nouveau descendre dans le rouge en février.

Et ainsi de suite. Le pire, c'est que si on ne tient pas un livre de caisse en plus de son budget, le découvert reste invisible. Petite capture d'écran à l'appui :

Print Screen Budget


On voit que pour le mois de janvier, on a sagement suivi son budget : le total des dépenses est de 1.632,54 €. Théoriquement, avec un total des recettes de 1.802,69 €, on est dans le vert. Il y a donc bien écrit + 170,15 € en vert dans la case « balance » (c'est-à-dire les recettes moins les dépenses). Mais c'est sans compter le découvert bancaire de - 1.150 €. En réalité, le budget devrait être écrit comme ceci :

1. Catégorie dépenses :

Total dépenses = 1.632,54 €
Plus le découvert bancaire = 1.150 €

-> Montant réel des dépenses = 2.782,54 €

2. Catégorie recettes :

Total recettes = 1.802,69 €

3. Balance :

Il reste : 1.802,69 € - 2.782,54€ =  - 979,85 €

En clair, on est en négatif de - 980 € pour commencer le mois de février !!! C'est plus de la moitié des recettes prévues. Autant dire que ce n'est pas demain la veille qu'on va s'en sortir...

En d'autres mots, le « découvert bancaire » est une pratique tout à fait nocive. Il ne faut jamais accepter de descendre durablement et profondément dans le rouge si on veut pouvoir en sortir rapidement.

Après la peste et le choléra, il est temps de passer à un autre type de problème : l'ennemi budgétaire n° 3, les addictions.

Wonder Lisette.