samedi 27 novembre 2010

Abracad'Argent : les ennemis du budget / Les addictions

[13-01-2010] Les ennemis du Budget : 2. Les addictions (article rapatrié depuis Overblog).

Il se pourrait bien que le mot « addiction » ne soit pas connu par tout le monde.  Pour commencer, une « addiction » ce n'est ni un parfum sexy ni une formule mathématique. Une petite définition, pour comprendre ce qu'addiction veut dire, ça pourrait donc être utile. La voici.

Addiction : terme médical venant de l'anglais qui désigne le fait qu'une personne soit physiquement et psychologiquement dépendante de quelque chose (par exemple une substance ou une activité).

Un exemple courant : l'addiction au tabac, ou tabagisme. On peut aussi souffrir d'addiction au jeu, au travail ou à la télévision, entre autres choses.

« Heu... Quel rapport avec le budget ? » , que vous allez demander. Et bien c'est fort simple : c'est un rapport à deux niveaux.

Premièrement, quand on est physiquement et psychologiquement dépendant de quelque chose, un budget c'est vraiment le dernier truc auquel on pense.

Deuxièmement, quand on ne peut plus du tout se passer de quelque chose, on ferait n'importe quoi pour en avoir. À commencer bien entendu par dépenser tous ses sous, puis ceux de la banque, puis ceux des enfants, des parents, des cousins, des amis et même parfois des collègues de travail.

« Ouf ! Je n'en suis pas là ! » que vous allez vous dire. En fait, mauvaise nouvelle, rien n'est moins sûr. Car quand on est accro à quelque chose, on n'est jamais prêt à l'admettre. On se trouve des tas de bonnes raisons pour justifier ce qu'on fait - sans jamais accepter de reconnaître que ce qu'on fait, précisément, c'est parce qu'on est accro.

L'exemple classique du fumeur qui claironne : « j'arrête demain quand je veux » peut prêter à sourire. Mais en fait, le fumeur en question est bien à plaindre pour différentes raisons. D'abord parce qu'il n'arrête évidemment pas demain, et encore moins quand il veut.

Ensuite, parce que s'il décide de traverser l'épreuve du sevrage, ça risque de lui coûter une fortune en médecin, en produits et en médicaments.

Et pour terminer, parce que dans son cas il ne faut pas dire « j'arrête quand je veux » mais plutôt « j'arrête si je peux ». Et la différence est phénoménale. Au passage, un fumeur qui fume un paquet de cigarettes par jour (une vingtaine de cigarettes) brûle plus de 1.600 € par an. Ça peut faire réfléchir.

En principe, tout ce qui n'est pas vital (comme par exemple respirer de l'air non pollué ou boire de l'eau potable) n'est pas indispensable. Bien entendu, la vie serait triste à mourir s'il fallait se contenter du minimum vital - surtout quand on a la chance d'habiter dans un pays où ce minimum vital semble aller de soi.

La grosse différence qui existe entre « se faire un petit plaisir de temps en temps » et « s'envoyer sa dose quotidienne de quelque chose », c'est au niveau du budget qu'elle se marque le mieux.

Dans le cas du petit plaisir épisodique, le budget ne change pas vraiment. Les chiffres restent les mêmes dans la catégorie où on range son petit plaisir. Les sous qu'on consacre à ce petit plaisir  n'ont pas énormément d'importance par rapport à l'ensemble. Ce qui veut dire que proportionnellement, ils sont noyés dans la masse du reste des dépenses.

Dans le cas de la dose quotidienne indispensable, le budget accuse au bout de quelques mois une tendance très nette : la catégorie de dépenses concernée s'alourdit. Le prix des doses quotidiennes indispensables ne cesse en effet jamais d'augmenter. L'exemple classique du tabagisme est parlant : le prix des cigarettes a flambé ces dernières années. Il ne faut pas être un grand gourou de la finance pour le savoir.

La conséquence de tout ça ? C'est extrêmement simple : supprimer un petit plaisir qu'on se fait de temps en temps ne changera rien au budget. C'est donc totalement inutile. Par contre, transformer progressivement une addiction en petit plaisir épisodique peut faire baisser une catégorie de dépenses de manière spectaculaire et très rapide ! On garde ainsi son mode de vie, tout en devenant raisonnable. Je ne suis pas en train de dire qu'il faut continuer de fumer, je précise. Fumer tue. Je n'ai qu'un seul souhait : que tous les fumeurs puissent arrêter de fumer sur le champ.

Ceci dit, il n'y a pas que des addictions quotidiennes et/ou dangereuses pour la santé. Exemple classique d'addiction non-quotidienne : l'accro au shopping. Faire les boutiques n'a pas d'effets nocifs connus. Sauf peut-être le mal de pieds chronique. Mais pour le budget, par contre, c'est beaucoup plus sérieux. Surtout quand, justement, on ne tient aucun budget - ce qui est le cas d'un certain nombre d'acheteurs/teuses en série.

Prenons un exemple. Une jeune femme de 22 ans, fan de mode et de chaussures, passe chaque samedi après-midi à lécher les vitrines. Ou plutôt, à courir les boutiques. Sur les conseils de sa mère, qui est un peu rabat-joie, la jeune femme essaie de s'en tenir à un montant d'achats maximum par samedi. Mettons que ce maximum soit de 100 € (ce qui est vraiment une toute petite somme, quand on voit le prix des vêtements). Son père, qui n'est pas plus marrant que sa mère, lui a aussi souvent répété qu'il ne fallait pas se mettre en négatif à la banque. La jeune femme regarde donc le solde de son compte bancaire juste avant de partir dans ses virées de shopping. Et en général, elle ne fait un peu attention que si le solde est déjà trop dans le rouge.

Dans les faits, sans budget, qu'est-ce qui risque de se passer ? Très simplement, trois choses :

1. La jeune femme ne sait plus combien elle a dépensé depuis le début du mois. Elle ne résistera sans doute pas aux offres qu'elle va trouver, car elle sous-estime largement le montant qu'elle a déjà consacré aux achats précédents.

2. La jeune femme n'a pas la moindre idée des dépenses à venir d'ici la fin du mois. Elle ne pourra donc pas prévoir les conséquences budgétaires des sous qu'elle va claquer. Par exemple : elle ne sait pas précisément quand l'assurance omnium de sa voiture arrive à échéance. Il se peut très bien que ce soit le lendemain. Et non dans un mois comme elle se l'imagine, faute d'un budget précis.

3. La jeune femme vérifie son dernier extrait de compte bancaire un samedi. Elle n'a donc aucune idée des opérations récentes, qui ne seront comptabilisées que le lundi. Le montant sur lequel elle se base n'est donc sans doute pas exact. Elle pourrait croire qu'elle est en positif, alors qu'en fait elle est déjà dans le rouge.

Au final, la jeune femme dépensera 235 € ce samedi-là. En plus des 614 € des week-ends précédents. Total : - 849 €. Si la domiciliation de l'assurance omnium de la voiture est exécutée le lundi, le compte de la jeune femme risque fort de se retrouver bloqué. À moins bien sûr que la jeune femme n'ait payé avec une carte de crédit, liée à un « revolving credit ». Ce qui serait évidemment encore plus grave (voir l'ennemi n° 1 du budget).

Moralité : tenir un budget implique que l'on soit parfaitement maître de soi. Si c'est une addiction qui mène la danse, on a de fortes chances de se retrouver très rapidement dans un tourbillon de dépenses qu'on ne contrôle plus vraiment.

Suite à cette petite aventure au pays du shopping, il est temps d'envisager l'ennemi du budget n° 4 : la publicité.

Wonder Lisette

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