Bon. Mon épaule gauche a été officiellement déclarée naze de chez naze, radios et échographie à l'appui. Sans vouloir offenser le corps médical, je m'en étais un peu aperçue toute seule...
Je ne pourrai donc plus visser des plaques de Gyproc ou descendre trois tonnes de gravats du troisième étage. Ni même acclamer, bras levés, le Grand Steve Tyler ou le Monumental Robert Plant. M'en fous, j'achèterai un bras gauche en plastique et je bricolerai un truc pour les concerts !
La bonne nouvelle dans tout ça c'est que la broderie n'est pas contre-indiquée. Je m'en donne à coeur joie, du coup. Ce qui tombe assez bien, puisque c'est en janvier que le rythme de mes cours est le plus soutenu. Samedi dernier, j'ai eu le cours "points de base" n° 3. On a vu différents trucs un peu gnan-gnan, mais adaptables quand même. Je pense notamment au point de chevron, que je testerai bien en remplissage d'une meurtrière ou d'une fenêtre en ogive, dans une composition donjonesque.
Et puis il m'est arrivé un phénomène incroyable. La prof venait de passer trois fois dernière moi pour me corriger dans mon point de chausson, que je n'arrivais pas à comprendre (quand je suis débile, je suis débile...) Elle est ensuite retournée à sa place et nous a montré le point de Palestrina. C'est un point noué, pas vraiment évident car le fil doit rester bien à sa place et le cheminement du point est assez complexe. Et là, au tout premier point que j'ai fait, le résultat était parfait. Et quand j'écris parfait, c'est vraiment parfait. Pourtant je ne suis pas du genre à me satisfaire de l'à peu près...
Je me dis : "mwouarf ! Pur hasard [quelle conne, mais quelle conne !], on continue - ça va sûrement foirer à un moment où à un autre..." Et ben non, j'ai continué sans me tromper. Et de point en point, j'ai commencé à ressentir une drôle de sensation de déjà vu - ou plutôt de déjà fait - et à retrouver un geste très familier sans vraiment le vouloir ou le comprendre. Comme si j'avais déjà fait des millions de points de Palestrina dans ma vie. Alors que j'en étais au dix premiers. Le cours s'est terminé, mon homme est venu me chercher avec tous mes sacs et nous sommes rentrés. Le soir, j'ai repris l'aiguille et le tambour et j'ai fait mes devoirs; dont une rangée au point de Palestrina. Je m'attendais, après l'interruption, à ce que mes points soient un peu maladroits. Mais toujours pas. Bien au contraire. La clarté et la sensation de parfaite maîtrise étaient encore plus fortes dans le calme de mon atelier. Je n'en revenais pas. Malhabile comme je suis, c'est tout à fait incompréhensible comme phénomène. En général, il me faut DES PLOMBES pour comprendre, acquérir et maîtriser un nouveau mouvement. Mes pattes ont besoin de répéter, encore et encore, pour que mon cerveau comprenne déjà comment ça marche. Et je ne parle pas de bien faire quelque chose, je parle juste d'arriver tout simplement à faire quelque chose !
Une autre vie expliquerait-elle ce truc qui vient de m'arriver avec le point de Palestrina ? Ou faut-il considérer le savoir acquis par des générations et des générations, avec dans la longue chaîne de mon arbre généalogique, une ancêtre italienne qui aurait excellé en broderie ? Je n'ai pas vraiment d'explication. La seule chose qui soit sûre, c'est que les deux seules fois où j'ai séjourné à Rome dans ma vie, j'ai failli crever. J'en ai conclu qu'il y a un truc dans la région qui ne doit pas trop me convenir...
En tout cas je sais déjà ce que je vais faire avec ce magnifique point de Palestrina : un magnifique travail d'étude sur un bondage japonais. C'est beau, l'inter-culturalité... =))
Rinart.

Alors là, c'est dingue! Je suis une fan absolue de Giovanni Pierluigi da Palestrina, compositeur italien de la Renaissance et l'un des plus grands maîtres de la polyphonie. C'est un bonheur total de chanter ses compositions en choeur et a cappella. C'est le genre de hasard que j'adore... Par contre, Lisette, je n'aime que vous vous dépréciiez de la sorte; malhabile, lente à la compréhension,etc. J'ai peine à croire que vous parlez de vous!
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