vendredi 24 septembre 2010

Paf le Piaf

Laissez-moi donc vous raconter
(Ce qui devrait me remonter)
L'histoire assez inattendue
Qui ce tantôt m'est advenue.

Je revenais d'un dur labeur
Et j'avais il est vrai l'humeur
D'un cochon levé du pied gauche...
Or doncques, j'apprêtais une ébauche;

Lorsque soudain, dans le silence,
Survient avec violence
Un accident fort peu courant,
Mais néanmoins très hilarant.

Figurez-vous qu'un piaf tout frêle,
L'œil embué, le croupion grêle,
Se prend la vitre du pallier
Manquant de s'y écrabouiller.

Il reste là, sonné, tout vert,
A se demander, bec ouvert,
S'il doit s'enfuir ou tomber raide.
"Ne faudrait-il pas que je l'aide ?"

Me demandé-je en ricanant -
Je le trouvais si consternant,
Avec son air de hors-la-loi
Tout frais viré de son emploi.

"Oui-da, montrons-nous charitable;
Le pauvre oiseau, c'est regrettable,
Me paraît simple et pour tout dire,
Il est si sot qu'il prête à rire..."

Alors que j'approche, il s'affole;
Et tandis que moi je rigole,
L'on m'attaque, ô Ciel ! Par derrière;
Nom d'un canard ! Voilà sa mère !

J'ai beau m'excuser, me débattre,
Je dois me résoudre à combattre :
La génitrice est enragée,
"Ci-devant ! Tu m'as outragée !

Honnis soient ceux de ton espèce !
Attends voir que je te dépèce..."
S'indigne en piaillant l'hystérique
Au tempérament colérique.

"Tout doux, l'oiselle, avant le fer,
Et les feux guerriers de l'Enfer,
Croisons plutôt notre éloquence
Dans un conflit sans conséquence"

Déclaré-je à cette artilleuse
Dont la vanité pointilleuse
Ne souffrait aucun contredit
Ni le plus léger discrédit.

(Il est vrai que la vendetta,
Avec ses jeux de muleta,
M'a toujours paru ridicule,
Surtout par temps de canicule... )

La Maman Piaf gonfle le torse
Et c'est ici que ça se corse :
Elle éructe un cri suraigu,
Suivi d'un bruit fort ambigu,

Dont le fumet bleu me suffoque
Tandis que j'aboie comme un phoque.
Alerté par un tel boucan,
Voici qu’accourt Le Mohican –

Le Mohican, c’est mon Artiste,
(Un très joyeux je-m’en-foutiste)
Fort adorable, en vérité ;
Et dont le succès, mérité,

Lui monte assez bien à la tête ;
Or doncques ainsi, c’est un esthète ;
L’autre demi de mon binôme ;
Lui la grippe et moi le symptôme…

En découvrant l’affreux spectacle
Empestant notre tabernacle,
Il se met à rire en marchant
Et d’un pas plus que trébuchant

S’adresse à la bestiole en rage
Et lui passe ainsi le cirage :
«  Ho ! L’ovipare ! On reste zen !
Moi, le Baron de Münchhausen,

J’ai de quoi te clouer le bec :
Tu vas la boucler aussi sec !
Tant par l’avant que par l’arrière…
Ou sinon, tu fais ta prière. »

Mais l’oiselle a du répondant,
Elle embraye en surabondant :
« Cui-cui-couac-couac-kot-kot-kot-prout ! »
Ce qui vaut rien moins que le knout,

Dans les stalags de Sibérie.
Or qu’espérer de l’incurie
D’un bel artiste rigolard,
Plus taquineur qu’un vrai moutard ?

Le tas de plume était lancé
Dans son sabir gallinacé ;
L’air nous manqua ; nous étions sourds ;
Nos tourments devinrent si lourds

Que je résolus d’un parti
Qu’ici je peins : « Cet abruti
De truc ailé, je vais l’occire !
Puisqu’il est dit qu'un seul Messire

Ne suffit en ce noir péril ;
Mon courroux se fera viril
Et mon bras sera sanguinaire…
Allons, c’est dit, mon mercenaire !

Sus au cui-cui ! Mort au couac-couac !
Fous-y du napalm, au corbac ! »
Je me saisis de la gazette
Et je t’aplatis la merlette.

Je contemplai mon œuvre au mur :
« Ô ! Le divin deleatur ! »
M’exclamai-je en sautant de joie.
(C’est ainsi qu’un auteur guerroie…)

A ces mots, l’autre oiseau rapplique
Et nous lance ainsi sa supplique :
« Nobles soldats ! Amis ! Merci !
Je vous dois mon sort adouci !
 
J’ai tant souffert du joug femelle !
Sachez surtout que la chamelle
Que vous tuâtes à l’instant
N’était point du tout ma Maman…

Mais, hélas ! Mon horrible épouse !
Un laideron : bête et jalouse !
Vous me sauvâtes ! Hourrah ! Hourrah !
Soyez bénis ! Alléluia ! »

Puis il ouvre en grand la fenêtre
Et, tout enivré de bien-être,
Il s'envole en l’azur serein
Plus guilleret qu’un cœur sans frein.

La morale de mon histoire
C’est qu’il n'est sort plus dérisoire
Que celui d'époux affublé
D'un poison femelle endiablé.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire